• La Librairie de Monsieur Charlie - Chapitre 8

    La Librairie de Monsieur Charlie - Chapitre 8

     

    1er Novembre.

    Ce jour était un jour particulier.

    Ce jour-là, Jonathan et sa mère Anna avait pour habitude de rendre visite à son père.

    Comme tous les ans depuis qu'il est né.

     

    Ce matin-là, le garçon se réveilla tôt. Malgré le chauffage, le garçon était gelé dans son lit, il n'osait pas sortir un seul petit doigt. Il resta un peu nichait dans son lit puis prit son courage à deux mains pour rejoindre sa mère à l'étage inférieur. Ils restèrent tous les deux muets, s'affairant à préparer leur petit déjeuner. La maison était devenue bien silencieuse depuis que sa grand-mère était partie et ils en étaient plutôt contents en réalité. Jonathan et sa mère n'avaient pas évoqué ce qui s'était passé. Jonathan n'avait tout simplement pas envie d'en parler, et Anna ne voulait pas remuer le couteau dans la plaie. Elle savait que les choses que sa mère avait dites à son fils l'avaient extrêmement blessé. Et en blessant son fils, elle l'avait également blessé elle. Elle secoua la tête pour chasser ses pensées.

     

       Ils étaient prêts à partir. La jeune femme était en train de réajuster le manteau de Jonathan pour être sûr qu'il n'ait pas froid. Elle lui mit un bonnet sur la tête. Elle prit son écharpe et regarda son fils de haut en bas.

    « — Faut vraiment que je pense à t'acheter de nouveaux vêtements, tu grandis trop vite. » lui dit-elle en lui ébouriffant les cheveux.

    Le garçon sourit et ils sortirent tous les deux de la maison.

     

    Ils ne parlèrent pas pendant le trajet. Jonathan était accroché au bras de sa mère et cette dernière frottait sa main pour le réchauffer du mieux qu'elle pouvait. Il ne prenait pas ce chemin très souvent. Il était à l'opposé de son école et assez éloigné de sa maison. Et sa mère n'y allait pas régulièrement. Enfin, elle n'y allait plus régulièrement. Ils s'arrêtèrent chez un fleuriste pour prendre un grand bouquet de chrysanthèmes. Et ils reprirent le chemin jusqu'à atteindre cette grande grille de fer. Elle était grande ouverte aujourd'hui. Le cimetière est presque vide, peu de personnes se sont décidés à affronter le froid ce matin. Ils empruntèrent le chemin qu'ils connaissaient par cœur et s'arrêtèrent. Jonathan déposa le bouquet sur la tombe de son père. Il resta accroupi et sa mère un peu en retrait. La petite famille ne prononça pas un mot pendant quelques minutes, puis Anna s'approcha de son fils et s'accroupit également pour être à sa hauteur.

    « — Désolée de ne plus venir aussi souvent qu'avant... » chuchota-t-elle.

    Jonathan ne répondit rien. De toute manière, ce n'était pas à lui qu'elle parlait. Jonathan n'avait jamais connu son père. Il s'était fait renverser par une voiture en rentrant du lycée, il y a maintenant 12 ans. Sa mère lui avait toujours dit qu'il était une personne géniale et généreuse. D'aussi loin qu'il se souvienne, ils avaient l'habitude de venir ici, tous les ans, pour honorer sa mémoire. Jonathan fixa la tombe, c'est la seule chose qu'il ait pu voir de son père, à part les quelques photos que sa mère possède.

    « — Tu lui ressembles de plus en plus. » dit sa mère.

    Jonathan sourit. Elle lui disait souvent cela.

    « — Tu sais, j'ai été surprise de voir ton intérêt soudain pour la bibliothèque. Ton père passait sa vie là-bas ! »

    Le collégien se retourna vers elle, étonné.

    « — Ah bon ? »

    Sa mère était perdue dans ses pensées et un petit sourire se dessina sur son visage, ce qui entraîna également celui de Jonathan.

    « — Je le soupçonnais même d'aimer plus cette fichue bibliothèque poussiéreuse que moi... »

    Elle rit et le silence prit de nouveau sa place. Le garçon se laissa tomber en arrière et croisa les jambes, Anna l'imita.

    « — Tu sais la dernière fois, quand je t'ai pris dans mes bras... »

    Le garçon réfléchit quelques secondes.

    « — Quand tu t'es disputé avec grand-mère ?

       — Oui... elle marqua une pause, j'ai cru sentir l'odeur de ton père... C'était étrange. Je sais pas, c'était peut-être dans ma tête... »

    Il la regarda, un peu bizarrement.

    « — Tu penses que je suis folle ? rit-elle.

       — Non ! Pas du tout ! Je sais pas non plus, c'est bizarre... »

    Nouveau silence. Une bourrasque froide les fit frissonner. Pendant quelques secondes, Jonathan se demanda si l'odeur qu'il avait l'impression de sentir parfois... Était-ce son père ? Il secoua la tête. Ce n'était pas possible. Sa mère le sortit de ses pensées.

    « — Je sais pas trop ce que ta grand-mère a bien pu te dire ou te raconter, mais... Tu n'es pas une erreur. Tu n'étais pas prévu, mais tu n'étais pas une erreur. Je suis contente de t'avoir dans ma vie, Jonathan. Tu es génial, tout comme lui... C'est comme si j'avais toujours une petite partie de lui avec moi, grâce à toi. Vous vous ressemblez tellement. »

    Sa voix avait diminué de volume au fur et à mesure de sa phrase. Jonathan avait pris sa mère dans ses bras.

    « — Je t'aime, et ne laisse jamais personne te faire croire le contraire, d'accord . »

    Il hocha la tête.

    « — Bon, dit-elle en se relevant et s'essuyant rapidement les yeux, on devrait rentrer, tu vas être malade. »

    Elle l'aida à se remettre sur ses jambes et ils prirent le chemin de la maison.

     

    Sur le chemin du retour, Jonathan chassa une plume blanche qui virevoltait devant ses yeux. Cela lui fit remarquer qu'il passait devant un tabac, et une petite affiche annonçait le tirage du loto spécial pour la rentrée de novembre. Il tira sur la manche de sa mère. Elle le questionna du regard. Il sortit la pièce qu'il avait toujours dans sa poche et lui montra.

    « — Prends un ticket, on ne sait jamais.

       — Je sais pas, ce n'est pas vraiment un jour de chance, non.

       — On ne sait jamais, répéta le garçon. Et au moins, cette pièce te permettra peut-être de remettre ton compte en banque. »

    Elle prit la pièce, ébouriffa ses cheveux et entra dans la petite boutique.

     

    Début d'après-midi. Jonathan ouvrit la porte de la libraire, son sac sur le dos, comme depuis plusieurs jours maintenant.

    « — Bonjour mon grand ! »

    Monsieur Charlie l'accueillait comme toujours. Il prit sa place habituelle sur le fauteuil rouge et sortit ses affaires. Il avait bien avancé dans ses devoirs. Il regarda ce qu'il lui restait à faire et soupira lorsqu'il vit qu'il lui restait uniquement son devoir d'histoire et celui de maths. « Comment je vais faire ? » pensa-t-il. Il sortit les questions d'histoire et les regarda, une moue boudeuse.

    « — Un problème, Jonathan ? demanda le vieil homme qui s'approchait de lui.

       — Euuh... »

    Monsieur Charlie s'assit dans le fauteuil voisin au sien. Il le regardait, attendant une réponse. Jonathan hésita. Est-ce qu'il devait parler de Mathéo ? Il hésitait depuis quelques jours. L'homme savait qu'il y avait quelque chose. Il lui faisait bien comprendre qu'il pouvait lui faire confiance. Le collégien savait qu'il pouvait lui faire confiance.

    « — Est-ce que je peux vous parler d'un truc ? demanda-t-il, hésitant.

       — Mais bien sûr, mon grand, il lui offrit un sourire réconfortant.

       — En fait, j'ai des petits problèmes au collège... »

    Il lui parla de Mathéo, des fois où il lui avait volé ses devoirs, où il l'avait bousculé, sa classe qui donnait toujours l'impression de le mépriser et qui n'hésitait pas à se moquer de lui, ses profs qui le prenant pour un bon à rien... puis l'agression de Mathéo et la disparition de ses affaires. L'homme l'avait écouté sans rien dire, très attentif. Jonathan termina son histoire, les joues mouillées.

    « — Est-ce que tu en a parlé à ta mère ? demanda-t-il lorsque le collégien s'était un peu calmé.

       — Non, j'ai pas envie de l'inquiéter. »

    L'homme posa sa main chaude et réconfortant sur l'épaule du garçon, ce qui lui fit du bien et le détendit un peu.

    « — Elle s'inquiète déjà. A cause de tes notes qui baissent, de ton comportement un peu fuyard lorsqu'elle veut en parler avec toi. Il faut que tu lui en parles, c'est important et c'est la seule solution, je t'assures. »

    Le garçon soupira. Puis soudain, l'homme se leva et partit parmi les étagères. Il le regarda, ne comprenant pas trop ce qu'il faisait, puis le vit revenir avec un pile de gros livres.

    « — Tu trouveras sûrement les réponses pour ton devoir d'histoire là-dedans ! » s'écria-t-il en revenant, son visage à moitié caché derrière les bouquins.

    L'homme posa brutalement la pile sur la tasse basse. Jonathan la regarda. C'était des livres sur l’Égypte d'antique, le chapitre sur lequel il travaillait actuellement en histoire.

    « — Comment saviez-vous que je travaillais sur ce chapitre ? » questionna le garçon.

    C'est vrai, il ne lui avait pas précisé. Monsieur Charlie survola rapidement la table basse et montra les questions du collégien.

    « — C'est écrit sur ta feuille, patate. »

    Le garçon rit. D'accord, c'est vrai que c'était écrit assez gros. Monsieur Charlie ne possédait pas de dons divinatoires. Il laissa ses yeux allaient vers les livres et soupira en voyant leurs épaisseurs. Il avait de la lecture ! Comment allait-il s'en sortir ?

    « — Je vais te donner un coup de main, ne t'inquiète pas. »

    Et Jonathan eut encore l'impression que l'homme avait lu dans ses pensées.

     

    Jonathan passa ses dernières journées de vacances avec Monsieur Charlie. Il l'aidait à faire son devoir d'histoire et également celui de maths. Le garçon ne voyait pas le temps passait avec le libraire. Il travaillait ses cours ensemble, Monsieur Charlie lui expliquait les notions qui lui était un peu floue et il allait même un peu plus loin ce qui permettait au garçon de prendre un peu d'avance et lui assurait une reprise plus simple. Il avait revue tous ses devoirs avec lui. Il avait hâte d'étonner ses profs à la rentrée ! Et Anna était ravie de voir son fils aussi motivé pour travailler... De plus, Jonathan se sentait vraiment à l'aise avec le vieil homme. Il lui parlait de tous ses problèmes, il avait même évoquer sa grand-mère. Monsieur Charlie avait toujours une parole réconfortante... Cela apaisait Jonathan. Il avait enfin comprit qu'il devait parler. C'était le seul moyen de soulager ses peines.

     

    Nous étions samedi soir, la reprise était lundi. Jonathan s'apprêtait à quitter Monsieur Charlie. C'était la dernière fois qu'il le voyait avant de retourner au collège. L'angoisse commençait déjà à se manifester dans le ventre de Jonathan, ce que sembla remarquer le libraire.

    « — Tu n'as toujours rien dit à ta mère ? »

    Le garçon secoua la tête. Il se frottait les mains et avait baissé la tête.

    « — Parle-lui, ça te soulagera. Et elle pourra sûrement t'aider à arranger les choses. »

    Il hocha la tête. Il savait qu'il avait raison. Mais allait-il réussir à parler à sa mère ? Lorsqu'il voulait le faire, ses mots étaient comme bloqués dans sa gorge et il finissait par abandonner. Mais il ne supportait plus cette peur d'aller en cours. Monsieur Charlie avait raison. Il devait lui en parler.

    « — Je le ferais ce soir. »

    L'homme sourit. Ils se saluèrent et Jonathan promit de revenir dès lundi soir. Il s'apprêta à sortir lorsque le libraire l'interpella.

    « — Attends, prends ce livre. Ca pourrait t'occuper demain, si jamais tu t'ennuie... »

    L'homme lui tendit un petit livre de poche. Le garçon regarda la couverture. « Harry Potter à l'école des sorciers ». Le garçon sourit. Il avait évoqué ce livre avec le libraire, étant une histoire qu'il avait toujours eut envie de lire. Il remercia l'homme et s'en alla.

     

       Jonathan était attablé, son assiette face à lui. Sa mère était également là, en train de manger. Il avait une boule au ventre. A cause de la rentrée ou parce qu'il s'apprêtait à évoquer ses problèmes à sa mère ? Il hésita quelques instants... puis souffla un grand coup. Sa mère releva la tête vers lui, intrigué par l’attitude de son fils.

    « — Qu'est-ce que tu as ? lui demanda-t-elle.

       — Faut que je te parle d'un truc... commença-t-il.

       — Je t'écoute. »

     

       Cette soirée fut longue, mais fut une véritable libération pour Jonathan.

     

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    Yumi M. ©

     


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